Il serait temps pourtant de savoir ce que l'on veut. Et cela concerne chacun d'entre nous. Encore faudrait-il qu'on nous pose les bonnes questions, mais le référendum est devenu une bête noire. Nous nous sommes trouvés engagés jusqu'ici dans un processus plus ou moins avoué conduisant à la dissolution de la nation française dans l'Europe. Le non français de 2005 à la Constitution européenne -que l'on tend à vouloir faire oublier- y a peut-être donné un coup de frein, mais au regard de l'état de l'UE aujourd'hui, il confirme que l'électeur est doté d'un certain flair de prévision, et qu'il ne se trompe pas tout le temps. Ce non que l'on a voulu dirigé contre le gouvernement en place, n'était-il pas à prendre comme un signal d'alarme dans l'organisation et la conduite de l'Europe? Si les instances dirigeantes en avaient tenu compte, peut-être l'état de nos finances et de nos trésoreries personnelles ne seraient-elles pas aussi dépendantes de trois obscurs quarterons de financiers notant la dette.
L'euro devait être le ciment d'une Europe follement élargie, mais il s'avère ces temps-ci comme une liant mal façonné. Il s'affaiblit d'ailleurs sur les marchés, et on peut se demander si, au fond, ce n'est pas la meilleure des choses pour relancer les économies européennes. Il n'en reste pas moins que cette monnaie unique -dans un contexte de mondialisation- est en train de faire le malheur des pays pauvres, de ceux mal armés pour la production et l'exportation. Privés de l'effet de change positif la Grèce, le Portugal, l'Espagne ont connu par exemple un tassement du tourisme. Comment équilibrer ses comptes si l'on ne produit pas suffisamment? La présence d'une monnaie forte présente, certes, des avantages, mais elle supprime dangereusement les effets concurrentiels et émulateurs intra-européens.
Autre point capital: les Etats se sont coupés de toute possibilité d'action sur la monnaie. La Chine, notre grand fournisseur industriel, s'est-elle privée de ce levier?
Alors faut-il plus ou moins d'Europe? Peut-être tout simplement réformer, réinventer celle-ci dans un sens prenant en compte les réalités nationales ainsi que les aspirations des peuples respectifs. Mais encore faudrait-il les leur demander...
Gilbert Garrouty