Ce n'est pas une Thanksgiving à la gasconne, mais l'acte de foi d'une éleveuse passionnée par les races de volailles d'autrefois, et qui, comme quelques dizaines de ses collègues professionnels ou amateurs, volent au secours du dindon noir du Gers en perdition. On voit déjà la différence avec la sacro-sainte cérémonie de la présidence américaine, différence qui illustre d'ailleurs tout le drame du volatile gascon: ce dernier est noir, alors que celui qui est épargné chaque année à la Maison blanche est blanc. C'est à dire que l'Américain est le fruit de la recherche agronomique, de "l'amélioration" par les laboratoires publics ou privés, lesquels ont produit un mastodonte d'une vingtaine de kilos qui n'a plus rien à voir avec le dindon melagris gallopavo, originaire d'Amérique du Sud, venu en Europe par l'Espagne. Avant l'ère de l'industrialisation de l'aviculture, ce dindon était roi dans les fermes du Gers, sur les terres desquelles il gambadait, se suffisant presque à lui-même. Les dindes vendues sur les marchés à la veille de Noël, à l'âge de sept ou huit mois, offraient au consommateur une finesse et une qualité de chair incomparables. On va dire, certes, que la dinde de Noël produite encore à 450 000 exemplaires dans le Sud-Ouest, est bien elle-aussi, revêtue d'un plumage noir. Exact. Mais si elle ressemble beaucoup à son ancêtre, elle est également le fruit d'une amélioration, en même temps que la belle réussite d'un accouveur que les aviculteurs connaissent bien.