Les Chorégies d'Orange se devaient de se recentrer sur la tradition régionale et de redonner une place de choix, entre Verdi, Puccini, ou Bizet, à Mistral par Gounod interposé. Mireille (Mirèio) l'oeuvre la plus connue du poète provençal fut en effet transformée en opéra par l'auteur de Faust avec la contribution de Michel Carré pour le livret. Cette histoire écrite en langue provençale contribuait dans l'esprit de son auteur, à pérenniser celle-ci tout en glorifiant la vie champêtre, ses traditions, ses légendes, ainsi que la foi catholique. Mistral a mis dans ses huit poèmes qui chantent la campagne et l'amour, un lyrisme, un côté fantastique qui ne pouvait qu'inspirer le compositeur. Il est cependant bien difficile de faire ressortir par la voix et les instruments tout le drame qui se joue autour, et sur les eaux profondes du Rhône, su les cailloux de la Crau, ou entre les roches des Baux. Certains ont vu dans Mireille et Vincent les Roméo et Juliette de la Provence rurale. La Mireille de Gounod est aussi un peu une anti-Carmen dans la mesure où elle ne manifeste que soumission à son amoureux, et se meurt "simplement" d'amour impossible. En tout cas l'opéra de Gounod, manié et remanié, connut diverses vicissitudes, et il ne trouva sa version définitive qu'au lendemain de la dernière guerre. Gounod et Carré, opéra oblige, n'ont pas, de plus, respecté à la lettre l'histoire de Mistral. Si bien que donnant une conférence à Orange en marge du spectacle, le Mestre du Félibrige, Michel Alexandre, évoquait l'existence de deux "Mireille"...