DOSSIER PAYSUD TV-Le changement climatique pourrait déstabiliser la viticulture mondiale

Espagne, Portugal, Grèce risquent de perdre la vigne. Le bordeaux changerait,alors que le sauternes serait menacé et que le champagne passerait en Angleterre



DOSSIER PAYSUD TV-Le changement climatique pourrait déstabiliser la viticulture mondiale
Selon la théorie du réchauffement climatique, la vigne se révèle être le clignotant d'alerte de l'humanité quant aux conséquences du phénomène. C'est ce qui ressort du colloque des scientifiques et chercheurs de 17 pays viticoles qui s'achève à Talence en cette fin de mois d'octobre. Il s'agit des acteurs du réseau "Cost 858" dont l'initiateur est Serge Delrot, directeur scientifique de l'ISVV (Institut des Sciences de la Vigne et du Vin). Jean-Pascal Goutouly (Inra Aquitaine) a bien voulu, en marge de ce séminaire, faire le point sur le sujet, et nous présenter le programme expérimental français, dont la partie la plus visible est installée sur le domaine de la Grande Ferrade, à Villenave d'Ornon. Il s'agit d'une parcelle d'essais mise en place par l'Unité Mixte de Recherche "éco-physiologie et génomique fonctionnelle de la vigne "(ECFV) qui bénéficie du financement du CIVB (Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux), ainsi que de la contribution de la chambre d'agriculture de la Gironde.
Premier point à vérifier,sommes-nous en présence d'un réchauffement climatique "durable"? Pour la plupart des chercheurs, la réponse est oui. L'histoire du climat indique, certes, que la terre a connu des réchauffements et des refroidissements, mais depuis un siècle le phénomène s'accélère, est paraît lié aux rejets de Co2 et de méthane, l'emballement des courbes graphiques coïncidant avec l'industrialisation et l'utilisation du pétrole.

"Accompagner l'incertitude"

Les températures moyennes pourraient ainsi avoir grimpé de 2 à 4degrés dans un siècle. Pas que des inconvénients, certes, pour les pays les plus au nord , mais des bouleversements économiques considérables en perspective, notamment en matière agricole, certaines productions pouvant s'étendre plus au nord de la planète. Les gouvernements réussiront peut-être à contenir les rejets dans l'atmosphère, mais il restera le mouvement naturel de réchauffement qui semble en cours. Conséquence:même si en la matière rien n'est sûr,compte tenu du temps nécessaire à l'aboutissement des programmes-autour de 25 ans-les chercheurs mettent en oeuvre des projets susceptibles d'apporter des réponses aux besoins qui devraient s'exprimer au milieu du siècle.S'ils ne l'avaient pas fait on le leur reprocherait sans doute à ce moment-là. "Il nous appartient d'accompagner l'incertitude" affirme Jean-Pascal Goutouly.
Pour ce qui est de la vigne, quelques degrés de plus semblent condamner le secteur à une véritable révolution. Les chercheurs de l'INRA observent déjà, à travers les stations de Bordeaux, Colmar, Marseillan une avancée générale des dates de floraison de la vigne, notent que les dates de début de vendanges avancent, notamment à Cognac. Plus de chaleur, vinification par temps chaud ne sont pas sans conséquences pour le vin avec leur incidence sur les composés phénoliques, donc sur la qualité et le goût. Mais, on le verra, cela va beaucoup plus loin.

Champ d'essai à Bordeaux

Le phénomène est préoccupant pour le futur des bordeaux, et le CIVB l'a compris puisqu'il finance la recherche. Il devient nécessaire de sélectionner des porte-greffe, des cépages, des clones, capables de s'adapter à ces temps annoncés de chaleur et de sécheresse. De rechercher des modes de conduites de la vigne susceptibles de supporter l'incidence de l'ensoleillement et de la montée du thermomètre. Il pourrait s'agir de nouveau style de palissage, de réorientation des rangs, voire de port lâché de la vigne (sans palissage comme dans le Midi). On se tourne également vers les cépages qui subsistent dans les pays méditerranéens, ceux de la Grèce, du Portugal, ou de l'Espagne. Le sacro-saint cépage bordelais, le merlot, pourrait être écarté. En un mot, le bordeaux risque de changer dans un proche avenir. Mais ce ne sera pas la première fois.
Le démarrage du programme se traduit par la mise en place sur le domaine de l'INRA d'une parcelle expérimentale sur laquelle ont été implantés 52 cépages -clones de cépages utilisés qui avaient été écartés ou cépages méditerranéens- soit 32 rouges et 20 blancs (des essais comparables sont entrepris à Colmar et Montpellier). Chacun est conduit en cinq répétitions afin d'obtenir les confirmations nécessaires. Au bout d'un an, impossible bien sûr, de retirer des indications. On ne peut que lister les étiquettes, sur lesquelles on relève des noms comme Xinomavro (rouge Grèce), Tempranillo (rouge Espagne), Cornalin (rouge, Suisse), Rkatsiteli (Russie),etc.L'objectif sera d'observer le comportement de ces cépages face au stress hydrique, ainsi que leur capacité à résister aux parasites et maladies. Pour ce qui est de l'obtention de nouveaux cépages ou porte-greffe, il est à noter que si la voie OGM est stoppée en France, ce n'est pas le cas aux Etats-Unis et en Australie. D'où le risque de devenir un jour dépendants de fournisseurs étrangers.

Le sauternes et le champagne menacés

Pour les scientifiques qui croient dur comme fer aux observations et prédictions du GIEC, c'est un véritable révolution viticole qui s'annonce. Tout d'abord des pays traditionnellement viticoles comme l'Espagne et le Portugal risquent purement et simplement de ne plus pouvoir cultiver la vigne. Ce pourrait être également le cas de la Californie. Ce sont les scientifiques américains eux-mêmes qui le disent. Dans ce mouvement de montée de la vigne vers le Nord, le climat type du bordelais se retrouverait dans les Pays de Loire. Nous l'avons vu, le vin de Bordeaux produit sur place pourrait ne plus être le même, et ressembler aux vins actuels du soleil. Quant au sauternes, faute d'humidité, et de pourriture noble il serait privé des conditions climatiques nécessaires d'ici la fin du siècle. Voilà qui doit commencer à inquiéter du côté de certains châteaux et groupes financiers. Le champagne n'échapperait pas, lui-non plus, au grand bouleversement climatique. C'est l'Angleterre qui fournirait alors les conditions les mieux adaptées à sa production. Les grandes maisons de champagne, miracle du capitalisme, en sont déjà conscientes puisqu'elles ont déjà procédé à des achats de terres au nord de Londres. Ce ne serait sans doute pas sans une certaine fierté, que nos amis anglais produiraient -et consommeraient- leur propre vin! Mais après tout rien de très nouveau sous le soleil:c'était déjà le cas sous les Romains....


Jeudi 29 Octobre 2009

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