Selon Romain Rolland, cette Missa Solemnis de Beethoven a été "son chant de la résurrection". Il commença en effet à l'écrire en 1819, période tendue de sa vie, alors que la surdité l'avait atteint et qu'il était confronté à une série de difficultés morales, mais aussi matérielles. Elle est un peu, si l'on peut dire, sortie du même moule que la fameuse 9e Symphonie, et fut d'ailleurs véritablement créée en 1824 au cours du même concert. Cette messe, qui demanda cinq ans de travail à Beethoven fut l'occasion d'un nouveau souffle du compositeur qui s'était fixé pour objectif de la composer pour l'intronisation de son élève et ami l'archiduc Rodolphe, futur cardinal. Comme il arrive souvent aux grands talents il se laissa vite gagner par son génie et l'expression de sa foi catholique, même si, bien que croyant, Beethoven n'était pas un fidèle pratiquant.
Le compositeur devait ainsi produire une oeuvre monumentale, susceptible de recueillir la même estime que celles du même genre de Bach ou de Mozart. Sa messe ne figure peut-être pas cependant de nos jours au rang de ses oeuvres les plus connues. Il est d'ailleurs significatif; comme cela a été dit en préambule au concert de Polifonia , que cette Missa Solemnis n'ait pas été donnée à Bordeaux depuis 1968. On doit donc se réjouir de l'initiative de Polifonia-Eliane Lavail d'avoir remis cette oeuvre au premier plan de l'actualité.