L'année 2012 pourrait-être l'année de tous les dangers se disait-on autour du champagne et des embrassades de la saint-sylvestre. Nous ne sommes qu'à la mi-janvier et déjà le premier grand méchant loup sort du bois: la France est privée de son triple A financier par l'une des trois agences de notation qui font loi, en l'occurrence américaine. Ce qui renvoie tout de même à de récentes déclarations de M. Giscard d'Estaing qui considérait que tout ceci n'est que que manigances d'obscures officines. La théorie du complot fait d'ailleurs son chemin. L'étonnement exprimé ce jour par le commissaire européen aux finances Michel Barnier semble laisser entendre que la mauvaise note n'est pas due au hasard. C'est aussi l'avis de l'Allemand Olli Rehn qui constate que la nouvelle -qui épargne pourtant étrangement son pays-tombe au moment où l'amélioration était en vue, et un vendredi 13!
Difficile bien sûr de savoir ce qui se passe dans l'ombre et en marge de la face visible de l'iceberg. Mais il n'est pas aberrant de penser que certains peuvent trouver un intérêt, au moins politique, à faire trébucher la zone euro et la France en même temps. Comme toujours, il faut regarder à qui profite le "crime". On peut en avoir une idée. Il peut s'agir de pays, mais aussi de ces obscures forces financières supranationales qui rêvent de faire fondre le coût du travail et donc la protection sociale. Déjà Fillon ne s'apprête-t-il pas à nous administrer un autre traitement de choc?
Les triples "AAAneries" et les autres- Quoi qu'il en soit, ces 40 dernières années, après le renvoi en Irlande du général de Gaulle, on a multiplié les "Aneries". Le dernier budget en équilibre ne remonte-t-il pas à 1974? Le pays s'est trop appuyé, voire intégré dans l'Europe, ce qui certes a profité à son agriculture céréalière, mais ne l'a pas encouragé à l'effort, et l'a privé de force marges de manoeuvre. Sait-on que même un département ne peut décider de soutenir une filière sans en référer à Bruxelles? Puis la France a perdu le droit de battre monnaie! Le ver étant dans le fruit, tout le monde a applaudi des deux mains. Presque en même temps on avait imaginé un paradis terrestre où l'on ne travaillerait que 35 heures, et de moins en moins. Le problème est que pas un autre pays concurrent n'a emprunté le chemin de la RTT. Et comme si cela ne suffisait pas, on a espéré des temps meilleurs qu'apporterait la mondialisation, oubliant les bas salaires, les mentalités asiatiques, et les fournées de délocalisations.
Bijoux perdus- Et nous avons encore chargé la barque: au non du credo libéral et supra national l'Etat a privatisé sans gêne vendant ses bijoux de famille et se privant de recettes (les autoroutes ou la publicité à la télévision pourraient aujourd'hui lui rapporter gros). Fallait-il aussi perdre autant de temps dans les lubies du Grenelle de l'Environnement? Bref, la liste et longue. Et la question est maintenant de savoir comment on peut relever la tête et les finances tout en évitant trop de pots cassés. Cela vaut pour la France, mais aussi pour tous ces sans grade et mal notés que sont les pays du sud de l'Europe. Car vouloir jouer aux nordistes ne leur a pas vraiment réussi.
Gilbert Garrouty