Quand Bazas vénère ses boeufs gras


Ni la mondialisation, ni la crise, n'ont eu encore raison de la traditionnelle cérémonie des boeufs gras de carnaval à Bazas, en Gironde à l'orée des Landes de Gascogne et de l'Agenais. La foule des grands jours et les éleveurs étaient ,ce jeudi 19 février, au rendez-vous. Plus de cinq siècles que cela dure, mais d'aucuns prient le ciel pour que cela continue encore longtemps


Quand Bazas vénère ses boeufs gras
Les croyants peuvent d'ailleurs effectuer leur prière dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste toute proche, laquelle est classée monument historique, et inscrite au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco, et dont la flèche ,haute de 83 mètres, préside à cette manifestation populaire. La petite région dispose en effet d'une race bovine à la robe "souris" qui offre des qualités exceptionnelles en matière de rusticité et de saveur de viande, mais qui souffre de trop faibles effectifs. De plus, le vieillissement des éleveurs locaux, le peu d'intérêt pour l'élevage des jeunes, et les incidences de la future politique agricole commune, font craindre pour l'avenir. Mais, ce jeudi, le ciel dévoilait du bleu entre les nuages, et la priorité allait à l'instant présent, c'est-à-dire à la fête.
La tradition des Bœufs gras puise ses origines à une époque où Bazas était l’une des première cités d’Aquitaine et la capitale prospère des « petites landes ». C'était en 1283, et à cette époque Edouard 1er , roi d’Angleterre régnait sur l’Aquitaine. Dans le cadre du partage des pouvoirs avec l’évêque , le Duc décrèta que chaque année, le 24 juin, à l’occasion de la Saint-Jean, les bouchers de Bazas, devraient offrir au clergé un taureau. En compensation, les bouchers se voyaient octroyer alors le privilège de promener leurs boeufs dans les rues de la ville pour le Jeudi gras , invitant les populations locales à se réjouir et à festoyer.
Ainsi est née la « Fête des Bœufs Gras » que Bazas et la petite région perpétuent.

Chars modernes

La forme de ces réjouissances a beaucoup changé par rapport à cette époque héroïque. Aujourd'hui on ne promène plus les bovins à la corde ou uniquement sous le joug -la bazadaise fut aussi une race de trait- mais derrière tracteurs et remorques. On y perd pas nécessairement en spectacle puisque les engins sont magnifiquement décorés et transformés en chars de carnaval. On peut évidemment regretter que le char à boeufs ait été rangé définitivement. Il n'en reste pas moins que comme chaque année des milliers de visiteurs ont suivi les opérations, depuis la pesée Place des Tilleuls jusqu'à la Place de la Cathédrale, en accompagnant religieusement les bovins -malheureusement destinés à l'abattoir- tout au long d'un interminable défilé haut en couleur grâce à la contribution de groupes folkloriques. Les bovins, vrais bazadais, et vrais boeufs (castrés), après ce long parcours étaient soumis à un jury d'experts en vue de l'attribution de plusieurs prix. Et la journée se poursuivait par la proclamation des résultats, l'intronisation d'une fournée de personnalités dans la confrérie du boeuf de Bazas, un dîner gargantuesque de 1000 couverts, où la goûteuse viande et le pessac-léognan étaient à l'honneur. Et ceux qui ne figuraient pas parmi les convives s'en allaient chargés des emplettes effectuées chez les bouchers de la cité médiévale pour qui c'était bien le meilleur jour de l'année....

Jeudi 19 Février 2009

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