Le cinéma français vient de perdre l'un de ses plus talentueux acteurs de derrière la caméra. Claude Chabrol s'est éteint à l'âge de 80 ans après avoir donné au public quelque 80 films. Peu auront été primés dans les festivals, hormis Le Beau Serge, sa première réalisation, Prix Jean Vigo en 1959. Une réalité qui relativise l'impact des lauriers distribués à Cannes et ailleurs. Nombre de films de Claude Chabrol resteront tout en arborant ni palme ni autre trophée. Pour la plupart, la palme c'est l'accueil que leur ont réservé, et leur réserveront encore longtemps les spectateurs. Comme l'ont fait Maupassant ou Balzac, Claude Chabrol a dépeint et brocardé avec le froid cynisme d'écriture cinématographique qui est le sien, une société bourgeoise qui se complait, ou s'arrange des politiques de tout bord. Il est considéré comme le principal instigateur de la" nouvelle vague" du cinéma, mais nous y verrons quant à nous une évolution conforme à celle de la société, avec les ingrédients propre à la personnalité du réalisateur. Claude Chabrol connait les cordes sensibles des humains, et il sait jouer avec elles comme personne tout en paraissant se cantonner dans le réalisme. Et il y avait aussi le personnage Claude Chabrol avec son légendaire appétit du bien vivre, son appétit tout court. Lorsqu'il tournait un film il savait partager cela avec ses équipes, et aussi avec les gens du lieu, les tournages s'achevant par une sorte de banquet républicain.