L' Amérique a-t-elle, au 19e siècle, autrement que par un soutien militaire sauvé la France? La France viticole s'entend, ce qui revient, surtout à cette époque, à sauver le pays lui-même car premier producteur de vin du monde. Au terme de la conférence passionnante que vient de donner à l'INRA Bordeaux Yves Carton , directeur de recherche émérite au CNRS, on est en tout cas amené à constater que la contribution d'un chercheur entomologiste, né à Londres, mais établi aux Etats-Unis, a été déterminante dans la découverte, et la protection de la vigne contre un fléau jusque là jamais vu: le phylloxera. Charles Valentine Riley, considéré comme le fondateur de l'entomologie agricole aux Etats-Unis, qui avait appris le français dans un collège de Dieppe, avait brusquement émigré -sans que l'on sache trop pourquoi- vers l'Amérique, où il sera notamment fermier, puis journaliste, et fondera une revue agricole. Il deviendra cependant bientôt entomologiste de l'Etat du Missouri et fondera la revue américaine d'entomologie qui d'ailleurs existe encore. Adepte du darwinisme, il s'illustrera en 1889 en démontrant la possibilité de lutter contre la cochenille par l'introduction de coccinelles.
En France, dès 1865, c'est le grand émoi avec son concert de polémiques entre scientifiques depuis qu'en 1865, à Pujaut, du côté d'Avignon on a constaté une forme de dépérissement inconnue de la vigne. Riley qui connait le phylloxera sur les vignes américaines -mais celui-ci n'y cause pas de dégâts- viendra sept fois en France, dont une première fois en 1871. Dans l'Hérault trois chercheurs français Planchon, Sahut et Bazille ne sont pas cependant demeurés inactifs, le premier ayant découvert des nodosités et la présence de pucerons sur les racines. Le départ d'une polémique les sommités scientifiques parisiennes en venant à ironiser sur "les entomologistes de l'Hérault". C'est Riley qui établira comment le phyll oxera pompe la sève sur les radicelles de la vigne, ouvrant la porte à d'autres maladies. La collaboration entre le trio français et l'Américain -avec la contribution du beau-frère de Planchon -Licheinstein- aboutira à établir la résistance des vignes sauvages américaines au parasite et à trouver la solution pour la France et tous les pays dans lesquels il est un danger: le greffage des viniferas sur celles-ci. Mais non pas sans contesations, certains préférant le traitement insecticide au greffage sur les vignes américaines qui, disait-on, pouvaient dénaturer le vin.