Sur scène surgirent avec une énergie communicative, Stéphane Jamin un tout jeune pianiste, présent toute la soirée, au clavier bien sûr, mais également en réagissant aux élans vocaux et gestuels des deux chanteurs. Réunir en duo une mezzo-soprano et un ténor. Original.
Avec pour chacun un récital d'airs séparés : Rossini (Otello), Bizet (Carmen), Offenbach (la Périchole), et Haëndel (Ariodante) pour elle et Mozart (Idomeneo), Donizetti (Elisir d'amore), Verdi (Traviata) pour lui, puis en duo avec Bizet (Carmen), Bellini (I Capuleti e I Montecchi) et Offenbach (Barbe bleue).
Isabelle Druet est habitée par une fougue - parfois un peu excessive - mais qu'elle maîtrise rapidement. Pour témoin son air d'Ariodante ciselé et enveloppant donnait la chair de poule. Elle nous offre un timbre cuivré et percutant de très grande mezzo me rappelant les Dupuy, Horne, Balsta. Vivement de la retrouver sur une grande scène dans un rôle idéal pour ce genre de voix (je pense à Cenerontola...). Pour le ténor, sa jeunesse est là et bien là. Une voix puissante, engagée mais chantant tous les airs avec quelques avarices de nuance. Dommage ! Par contre, en Don José on y croyait. Sa hargne et son amour idélébile pour Carmen ne le quittaient pas. Leur duo fut torride.
L'originalité de cette soirée fut la présentation pédagogique de chaque extrait d'opéra par Isabelle Druet elle-même qui en plus d'une précision musicale dans ses propos les agrémentait d'humour et de légèreté ce qui permettait à chacun de nous, mélomane ou non, de se repérer et d'apprécier à sa vraie dimension l'air donné.
Comme j'aimerais que d'autres instances lyriques (je pense à certaines nationales) suivent cet exemple de récital lyrique mis en espace scéniquement! L'art nommé opéra y gagnerait à tous les coups!
Jean-Claude Meymerit