L'étonnante histoire des aides aux fruits et légumes

Pour Henri Boxberger, ancien président de Tomate de France ce sont les producteurs français qui subissent une concurrence déloyale



L'étonnante histoire des aides aux fruits et légumes
Viendra-t-il le jour où la vraie question, celle des conséquences de l'abandon du pouvoir national de décision économique à une structure technocratique coupée des réalités humaines et sociales sera posée ? Viendra-t-il le jour où quelqu'un fera autre chose que de s'incliner devant-elle? Le monde agricole des années 70 et suivantes avait pourtant manifesté une foi dans la construction européenne qui n'avait d'égale que l'indifférence ou l'incompréhension d'autres catégories sociales. Il a joué le jeu, restructuré, modernisé, "productivisé". Fourni une alimentation bon marché. On le lui reproche aujourd'hui, et l'on songe maintenant à lui demander de brûler ce qu'il a adoré et de se tourner vers l'écologie, et donc de produire moins. D'autre part l'Europe et le monde se sont laissées gagner par les thèses ultra libre échangistes et par les conceptions affairistes et commerciales adoptées par les Anglo-saxons. Et cela continue. La France est si affaiblie malgré l'hyper activité de notre Président que l'on se permet de lui demander de rembourser,15 ans après, 500 millions d'euros accordés au secteur des fruits et légumes. . Aux yeux de Bruxelles, les producteurs n'ont pas le droit de s'aider aux-mêmes, comme ils n'ont pas le droit de se concerter sur les prix. Il n'y a que quatre centrales d'achat de grandes surfaces, bien sûr, qui ne s'entendent pas officiellement entre elles (mais constatez-vous une grande différence de prix dans leurs rayons respectifs?) Tout cela est c'est normal pour nos chers commissaires. "Quand on donne on ne reprend pas" dit pourtant un vieux proverbe français. "Aide-toi le Ciel t'aidera" considère aussi notre grand fabuliste-moraliste.On se demande aujourd'hui s'il ne vaudrait pas mieux s'en souvenir et considérer que charbonnier est maître chez soi". Mais quelle faute pour notre administration! Elle n'a pas notifié ces aides à Bruxelles!

Tout serait parti d'une plainte individuelle....

Ce n'est pas nouveau,nous adorons nous culpabiliser, nous tirer dans les pieds. L'affaire des aides aux fruits et légumes s'inscrit aussi dans le cadre de ce vieux mal français que les loups et les renards européens ne demandent qu' à exploiter. . Il n'en reste pas moins que le retour de ce dossier à la surface quinze ans après l'attribution des premières aides est extrêmement surprenant. On sera toutefois moins étonné s'il se confirme que la sanction européenne découle d'une plainte individuelle, celle d'un cadre français ex-employé de structure professionnelle. Remercié par celle-ci, il aurait vu un moyen de vengeance dans une telle réclamation.....
L'affaire va sans doute aujourd'hui au-delà de ses prévisions. En tout cas, le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire considère-t-il qu'il vaut mieux se préparer à rembourser que se dresser contre la Commission avec un pendant qui serait le versement de lourdes astreintes. Et jeudi il a annoncé -comprenne qui pourra- un plan national d'urgence de 15 millions d'euros en faveur du secteur des fruits et légumes. Programme jugé insuffissant aux yeux de la profession, mais qui témoigne d'une certaine renationalisation des politiques agricoles. On aurait aimé cependant que des voix au plus haut niveau se fassent entendre sur ce dossier brûlant.

La colère d'Henri Boxberger

L'étonnante histoire des aides aux fruits et légumes
En tout cas l'affaire fait "bouillir"le Lot-et-Garonnais Henri Boxbeger, aujourd'hui retraité, mais qui était président de Tomate de France, section nationale des Comités Economiques de Fruits et Légumes de 1984 à 1994. "Tout ce qui se raconte est faux, dit-il. Ces aides qui visaient à soutenir l'exportation et la promotion pour aider à faire face à l'entrée de l'Espagne et du Portugal n'allaient pas aux producteurs, mais aux exportateurs. Et elles ne représentaient pas plus de un centime de franc par kilo de produit vendu". A ses yeux, il ne saurait donc être question de concurrence déloyale. D'autant plus que la production de fruits et légumes -qui n'entre pas, et n'entre toujours pas dans la PAC- est très exigeante en main d'oeuvre. Celle-ci représente 40% dans le prix de revient de la tomate. En 1992,le coût de la main d'oeuvre était bien plus élevé en France que dans les pays du sud. Selon lui, c'est toujours le cas. Et pire, cela a gagné les pays du Nord. Henri Boxberger cite les résultats d'une enquête effectuée par la revue "Fruits et Légumes" qui en disent long. Selon cette étude, les employeurs peuvent utiliser de la main d'oeuvre (toutes taxes comprises) à 6€ de l'heure en Allemagne, 7,37€ en Belgique, 4,47 à 9,47€ aux Pays-Bas. En Espagne, c'est officiellement 7,80 € de l'heure, et il n'est pas sûr que tout le monde soit payé à ce tarif. . En France selon H Boxberger le prix de revient horaire est de 11,04€, et il serait fort risqué de ne pas respecter les règles La concurrence déloyale n'est pas là où on le dit, affirme-t-il. Avant d'ajouter: "Messieurs les fonctionnaires européens mettez vos souliers vernis et allez voir ce qui se passe sur le terrain!" Le problème c'est que ces divers tarifs de main d'oeuvre, pour avoir été approuvés par les différents gouvernements, ne sont pas illégaux. En France il n'existe pas de rémunération au rabais, ce qui est heureux. Mais,faute d'harmonisation européenne, le secteur des fruits et légumes est dans la galère.

Solidarite en Gironde

Dans un communiqué la Chambre d'Agriculture de la Gironde "affirme son soutien aux producteurs de fruits et légumes girondins, profondément ébranlés par les récentes déclarations du Ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, concernant le remboursement, à la demande de l'Union Européenne, de subventions perçues dans le passé.
"Les producteurs de fruits et légumes girondins vivent une période très difficile. Ils sont pour la plupart dans une situation précaire, du fait de la tempête de janvier, des orages de grêle de mai, d’une consommation plutôt molle et des prix d’achat toujours plus bas imposés par la grande distribution. La grande majorité est aujourd’hui dans l’incapacité financière de faire face à cette charge "de dernière minute". Rembourser conduirait à la fermeture d’un grand nombre d’exploitations, exploitations qui contribuent à l’animation du tissu économique girondin, notamment par l’emploi de nombreux salariés. Il est utile de rappeler que les aides accordées provenaient non pas de subventions européennes mais de cotisations versées par les producteurs eux-mêmes, puis redistribuées.
"Si le gouvernement français venait à exiger un quelconque paiement, la Chambre d'Agriculture de la Gironde s’y opposera fermement."



Jeudi 6 Août 2009

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