Il est encore, Dieu merci, quelques esprits vagabonds qui, en ces temps mondialisés, secoués par les orages, n'ont pas les yeux rivés sur le triple A ou le CAC40, préférant les volutes de la musique, aux soubresauts des graphs affolés des journaux économiques. En cette année 2011, marquée par le bicentenaire de la naissance de Franz Liszt -lequel suivait celui de son ami Frédéric Chopin- ils avaient -et ils ont encore grâce aux flots des sorties de disques de fin d'année- une rare occasion de se laisser emporter par le charme de l'univers musical romantique. Comme en littérature, ce dernier à la vie dure, et bien souvent il offre un refuge, une source que l'on aime retrouver. Rêveries de promeneurs solitaires aujourd'hui? Non si on en croit le succès des compositeurs du 19e siècle. Ces musiques n'évoquent pas en effet les mièvres beautés, mais agitent les sensibilités et les passions, les dirigent vers les piliers de nos civilisations: amour, justice, religions, révolutions... La contribution de Liszt fut essentielle. Pianiste virtuose, mais aussi compositeur il apporta des accents nouveaux à la musique, ouvrant la porte aux genres contemporains, et, à travers ses engagements, il montra que, dans la société, l'artiste talentueux est bien plus qu'un simple saltimbanque, peut-être un demi-Dieu.
Peut-être parce que jugé trop grand, trop fort, Franz Liszt souffrait d'une certain éloignement de "l'intelligentsia" et du public. C'est ce à quoi le commissaire officiel à l'année Liszt en France, Jean-Yves Clément, faisait allusion dernièrement, en déclarant "qu'il y avait eu du boulot" pour mettre en scène l'année Liszt.